Andressa Pellanda, de la Campagne brésilienne pour le droit à l’éducation, appelle à l’adoption d’un nouveau paradigme pour les pays à revenu intermédiaire lors d’une réunion à l’ONU

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Lors du Forum politique de haut niveau des Nations unies sur le développement durable (HLPF 2026) à New York, Andressa Pellanda a réclamé la justice fiscale, l’allègement de la dette et un regain d’intérêt pour l’éducation.

Mercredi 8 juillet, au siège des Nations unies à New York, Andressa Pellanda, coordinatrice générale de la Campagne brésilienne pour le droit à l’éducation, a présenté un nouveau modèle de développement pour les pays à revenu intermédiaire lors d’une session thématique du HLPF 2026.

S’exprimant au nom de la Campagne latino-américaine pour le droit à l’éducation (CLADE) et du Groupe des parties prenantes de l’éducation et du monde universitaire, Mme Pellanda a fait valoir que le produit intérieur brut (PIB) ne suffisait pas à mesurer le développement dans ces pays. Elle a appelé à la mise en place d’une architecture financière internationale plus équitable, fondée sur la réduction des inégalités, la promotion de la justice fiscale et le renforcement du financement public des droits sociaux, en plaçant l’éducation publique au cœur de cette démarche.

La Campagne brésilienne pour le droit à l’éducation est également membre du groupe de travail sur l’Agenda 2030.

Vous pouvez visionner le discours d’Andressa ici :

Lisez le texte intégral du discours ci-dessous –

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants des États membres, Mesdames et Messieurs,

Les chiffres sont sans équivoque : les pays à revenu intermédiaire (PRI) représentent 73 % de la population mondiale et 40 % de la production économique mondiale, mais ils abritent 62 % des pauvres de la planète. Cela met en lumière notre première vérité : une économie à revenu intermédiaire ne signifie pas pour autant une société modérément développée.

Le Brésil, mon pays, en est un exemple frappant. C’est la dixième économie mondiale, mais elle se classe cinquième en termes d’inégalités. Ces divisions, présentes dans de nombreux pays à revenu intermédiaire tels que l’Argentine, la Colombie, le Mexique, l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Inde, les Philippines et d’autres, trouvent leur origine dans les inégalités de classe, de race, de genre et de territoire, et sont exacerbées par le service de la dette.

Nous avons besoin de mécanismes automatiques pour suspendre les remboursements de la dette, d’une répartition équitable de la charge et de critères d’éligibilité plus larges pour les pays à revenu intermédiaire qui dépendent des capitaux privés. Des critères opaques ont déjà coûté aux pays africains jusqu’à 74,5 milliards de dollars américains — des fonds qui auraient pu financer des logements, des écoles et des hôpitaux, et renforcer la résilience face au changement climatique.

Cela nous conduit à une conclusion inéluctable : le PIB est incapable de refléter la réalité des pays à revenu intermédiaire. C’est la pauvreté en matière de droits qui définit le sous-développement. Nous devons placer au centre des préoccupations des indicateurs multidimensionnels, tels que l’indice de développement humain (IDH) et l’indice de progrès social.

Si ce sont les personnes qui font tourner l’économie, celle-ci doit servir les personnes et la planète. À l’heure actuelle, ce sont toujours les populations les plus vulnérables qui en paient le prix. Nous avons besoin d’un nouveau paradigme qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales.

Les pays à revenu intermédiaire (PRI) ont un double rôle à jouer : surmonter leurs propres pratiques prédatrices et proposer des solutions fondées sur nos expériences diverses et nos savoirs traditionnels. La justice fiscale nationale est la première étape. Des réformes audacieuses garantissent que ceux qui bénéficient le plus contribuent équitablement au bien-être collectif. Les pays à revenu intermédiaire peuvent servir de laboratoires pour cette justice.

Les pays à revenu intermédiaire ne peuvent plus se contenter d’être de simples destinataires de politiques élaborées ailleurs. Nous sommes des acteurs centraux d’un multilatéralisme renouvelé et véritablement inclusif. La réforme du Conseil de sécurité, la revitalisation de l’Assemblée générale et le renforcement de l’ECOSOC sont indispensables. Les pays développés, qui ont bâti leur richesse grâce à la colonisation, ont la responsabilité historique de mener ce processus, non par charité, mais au nom de la justice réparatrice.

Enfin, le droit à l’éducation est un formidable facteur d’égalité. Il est le moteur de la créativité et de la démocratie. Or, les investissements publics dans l’éducation sont en baisse. Les pays à revenu intermédiaire doivent faire de l’éducation une priorité dans leurs plans nationaux, en garantissant un financement adéquat, la valorisation des professionnels de l’éducation et l’accès à une éducation de qualité pour tous.

Vos Excellences, les défis sont immenses, mais ils peuvent être surmontés. Les pays à revenu intermédiaire ont une occasion historique de redéfinir le développement mondial grâce au courage, à la solidarité et à un engagement en faveur de la justice.

Aux pays développés : prenez l’initiative d’un programme décolonial. Dans moins d’un mois, ce lieu accueillera la cinquième session des négociations intergouvernementales relatives à la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale. Réformez l’architecture financière internationale, développez les financements concessionnels, encouragez le transfert de technologies et mettez fin à l’austérité imposée par la dette. Annulez les dettes insoutenables, non par pitié, mais au nom de la paix et de la prospérité.

Aux pays à revenu intermédiaire : revendiquons notre place à la table des négociations tout en jouant notre rôle, en surmontant les inégalités grâce à des systèmes fiscaux équitables, en luttant contre toutes les formes de discrimination et en investissant dans nos populations et notre planète, notamment par l’éducation.

Ensemble, mesurons le développement non pas à l’aune de la taille de l’économie, mais à celle de la qualité de vie, de la garantie des droits et de la durabilité de la planète.

Merci beaucoup.