Les coalitions nationales pour l’éducation réinventent l’avenir de l’éducation en Afrique

Faites passer le mot

Les coalitions nationales pour l’éducation (NEC) en Afrique ont clôturé l’année 2025 avec un message fort lancé depuis Johannesburg : malgré la diminution de l’aide, l’augmentation de la dette et l’aggravation des crises, les coalitions africaines mettent en place un mouvement audacieux et fondé sur des données factuelles en faveur de la justice éducative. Du 17 au 20 novembre 2025, les coalitions nationales pour l’éducation, les organisations de jeunesse, les partenaires de Generation Digital et leurs principaux alliés se sont réunis à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour l’atelier régional africain d’échange et de partage organisé par la Campagne mondiale pour l’éducation (CME). Cette réunion régionale a été stratégiquement programmée pour coïncider avec les réunions du G20 et du conseil d’administration de la CME, dans le contexte de la Décennie d’action accélérée pour la transformation de l’éducation et le développement des compétences (2025-2034) de l’Union africaine.

En ouvrant l’atelier, le coordinateur mondial de la CME, Grant Kasawanjete, a décrit quatre « tempêtes » qui remodèlent l’éducation en Afrique : l’aggravation de la polarisation sociale et politique, le recul du multilatéralisme, la forte réduction de l’aide publique au développement (APD) et l’escalade de la crise de la dette qui pousse de nombreux gouvernements à consacrer plus d’argent au remboursement de la dette qu’à l’éducation et à la santé. Les participants ont assisté à un discours liminaire de la Division de l’éducation de la Commission de l’Union africaine présentant la nouvelle Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA 2026-2035) et la Décennie de l’éducation de l’UA, avec sept piliers stratégiques allant de l’apprentissage fondamental et de la professionnalisation des enseignants à l’éducation dans les situations d’urgence, la résilience climatique et la transformation numérique. Ce cadre a positionné les NEC comme des partenaires essentiels pour transformer les cadres continentaux en changements au niveau national.

Financer la justice à l’ère des coupes budgétaires et de l’endettement

L’un des principaux thèmes abordés lors de l’atelier était la manière de défendre le droit à l’éducation dans un contexte de réduction drastique de l’aide publique au développement (APD) et d’endettement croissant. L’aide à l’éducation est en baisse depuis 2014 et devrait encore diminuer de 9 à 17 % d’ici 2025. Au moins 28 pays devraient perdre un quart de leur aide à l’éducation, tandis que des pays comme le Tchad et le Liberia pourraient subir des coupes budgétaires de près de moitié. En Afrique occidentale et centrale, 1,9 million d’enfants risquent de perdre leur accès à l’école, tandis que les organisations de la société civile (OSC) de toute la région font état d’ordres d’arrêt de travail et de menaces existentielles pour leur financement. La CME a présenté l’Observatoire du financement de l’éducation (EFO), une initiative lancée en 2021 à l’échelle du mouvement afin de relier les données et le plaidoyer à travers des indicateurs comparables et des notes d’information par pays, et a invité les coalitions africaines à co-créer des pages régionales et des notes d’information nationales sur le financement qui exposent les tendances à la privatisation, les injustices fiscales et les déficits budgétaires. Les discussions sur la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale ont mis en évidence à la fois le potentiel de règles fiscales mondiales plus équitables et les divisions politiques qui continuent de façonner les négociations, soulignant la nécessité d’un engagement coordonné de la société civile africaine.

Tirer les leçons des VNR, de l’ODD 4 et de l’éducation dans les situations d’urgence

Les sessions d’échange de connaissances ont montré comment les NEC africains transforment la formation en impact. Des coalitions de Gambie, d’Eswatini, du Lesotho et d’Éthiopie ont expliqué comment elles ont utilisé l’atelier régional de 2024 pour préparer le Forum politique de haut niveau de 2025 : rédaction de rapports thématiques, participation aux processus d’examen national volontaire (VNR) et publication de déclarations percutantes reliant l’ODD 4 à des agendas plus larges tels que la dette, le genre et le climat.

Dans la perspective de 2026, année où 36 pays, dont 16 États africains, feront l’objet d’un VNR, les coalitions se sont engagées à s’engager dès le début avec les gouvernements et à utiliser l’ODD 4.7 (connaissances et compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable) comme point d’entrée pour relier l’éducation à l’eau, à l’énergie, aux infrastructures, aux villes et aux partenariats. Un autre thème clé était l’éducation en situation d’urgence (EiE), une initiative de recherche menée dans sept pays (dont la Somalie, le Soudan du Sud, le Tchad, le Congo, le Mozambique, le Nigeria et le Burkina Faso) qui documente la manière dont les conflits, les déplacements et les catastrophes climatiques privent des millions d’enfants de scolarisation, et insiste pour que les communautés, les enseignants et les apprenants eux-mêmes soient au centre des réponses politiques.

Technologies éducatives vertes, avenir numérique et justice entre les sexes

L’atelier s’est également tourné résolument vers l’avenir. Les sessions consacrées aux technologies éducatives vertes ont exploré la manière dont les technologies éducatives peuvent favoriser la sensibilisation au climat et l’apprentissage résilient au changement climatique, tout en évitant les modèles exclusifs et énergivores qui creusent la fracture numérique. Une discussion spécifique sur la stratégie de l’Union africaine en matière d’éducation numérique a examiné comment les NEC peuvent influencer les politiques numériques nationales, de la connectivité et des appareils à la formation des enseignants et aux plateformes sûres et inclusives. Les partenaires de Youth and Generation Digital ont transformé la salle en une « galerie » présentant des recherches sur l’IA, des travaux sur la culture numérique avec des enseignants et des initiatives EdTech locales au Ghana, au Kenya, au Mozambique, au Malawi, en Sierra Leone et ailleurs, démontrant que les jeunes militants ne sont pas seulement des bénéficiaires, mais aussi des co-créateurs de stratégies d’éducation numérique. Parallèlement, une session sur l’égalité des sexes et l’inclusion sociale a mis en évidence la manière dont des coalitions en Éthiopie, au Mozambique, au Cameroun et en Guinée intègrent des approches transformatrices en matière d’égalité des sexes dans leur plaidoyer, en reliant les campagnes nationales aux engagements régionaux en faveur de l’éducation des femmes et des filles.

Des coalitions plus fortes, un mouvement plus fort

Au cours des quatre jours, les coalitions ont mené une réflexion honnête sur la gouvernance, l’adhésion et le rétrécissement de l’espace civique, et ont partagé des stratégies pratiques pour rester résilientes, telles qu’une prise de décision plus transparente, un financement diversifié, un engagement systématique des membres et un apprentissage entre pairs dans des pays comme le Bénin, le Ghana et le Mozambique. À la fin de la dernière journée, les participants avaient élaboré conjointement une feuille de route pour le plaidoyer qui relie les priorités immédiates, telles que les VNR 2026, la reconstitution des ressources du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), la recherche sur l’EiE et la préparation de l’Education Out Loud (EOL) 2.0, au travail à plus long terme sur les technologies éducatives vertes, l’éducation numérique et le suivi de la Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA) et de la Décennie de l’éducation de l’Union africaine.

L’atelier s’est conclu par des engagements fermes à continuer de partager via le GCE Learning Hub, à approfondir la collaboration avec les réseaux régionaux et l’Union africaine, et à parler d’une seule voix sur le financement de l’éducation, l’éducation publique et le droit de chaque enfant, jeune et adulte en Afrique à apprendre, rêver et s’épanouir.