L’éducation au-delà de 2030 : mettre en place des systèmes transformateurs en matière d’égalité des sexes pour la justice et les soins

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Par Nelsy Lizarazo, coordinatrice générale de la Campagne latino-américaine pour le droit à l’éducation (CLADE), vice-présidente de la Campagne mondiale pour l’éducation (CME) et membre du Comité directeur de haut niveau de l’ODD 4

Le cheminement vers la réalisation de l’objectif de développement durable n° 4 (ODD 4) a été marqué par un changement d’ambition significatif : on est passé d’une approche étroite axée sur l’accès à l’éducation à une transformation plus profonde des systèmes éducatifs eux-mêmes. Cette transformation a été particulièrement évidente dans les efforts visant à démanteler les inégalités entre les sexes dans et par l’éducation, le mouvement éducatif s’étant fermement engagé à promouvoir une société fondée sur la justice et la bienveillance.

De la Plateforme d’action de Pékin (1995) à la Déclaration d’Incheon (2015), la communauté internationale a de plus en plus reconnu que l’éducation n’est jamais neutre. Elle reproduit ou remet en question les structures de pouvoir, selon la manière dont elle est conçue, enseignée et évaluée. En 2015, avec l’adoption du Programme Éducation 2030, l’équité et l’égalité sont devenues indissociables du concept d’éducation de qualité.

Ces dernières années, des progrès importants ont été réalisés pour traduire les engagements en actions concrètes. Des initiatives telles que les Orientations techniques internationales de l’UNESCO sur l’éducation sexuelle et les cadres de l’UNGEI sur l’éducation transformatrice en matière de genre ont fait passer le débat mondial de déclarations générales à des stratégies opérationnelles. Ces cadres soulignent la nécessité de transformer les normes sociales, de lutter contre les stéréotypes dans les salles de classe et de garantir des environnements d’apprentissage sûrs et inclusifs. Ils placent également la formation des enseignants au cœur d’un changement durable.

Le leadership croissant de la société civile a été tout aussi important. Les réseaux et coalitions éducatifs, aux côtés des mouvements féministes, sont allés au-delà du simple suivi des engagements pour façonner de manière proactive l’agenda. Leur plaidoyer a mis l’accent sur le financement durable d’une éducation transformatrice en matière de genre, des pédagogies féministes, une formation des enseignants anti-oppressive et des environnements scolaires inclusifs qui célèbrent la diversité. La société civile a donc fait pression sur les gouvernements et les agences internationales pour qu’ils passent de la rhétorique à l’action politique, démontrant que la justice ne peut être atteinte que lorsque l’éducation est utilisée comme un outil pour lutter contre les inégalités profondément enracinées et lorsque les mouvements féministes et locaux sont au cœur du changement au niveau local.

Défis, revers et perspectives

La dernière décennie a également révélé la fragilité des progrès accomplis. À l’échelle mondiale, nous avons assisté à un recul des politiques éducatives sensibles au genre, sous l’impulsion d’alliances entre des gouvernements autoritaires, des mouvements ultra-conservateurs et des réseaux transnationaux « anti-genre ».

L’Afghanistan représente la régression la plus extrême, les filles étant systématiquement exclues de l’enseignement secondaire et supérieur. En Europe, la décision prise en 2018 par la Hongrie de supprimer les études de genre des programmes accrédités illustre une autre forme de réaction hostile, visant à discréditer des domaines de connaissance entiers. En Amérique latine et ailleurs, des campagnes contre la soi-disant « idéologie du genre » ont cherché à intimider les enseignants, à censurer les programmes scolaires et à restreindre l’éducation sexuelle complète.

Ces attaques ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une offensive idéologique coordonnée qui présente l’égalité des sexes comme une menace pour la famille, la tradition ou l’identité nationale. Leurs effets se font directement sentir dans les salles de classe : censure des contenus inclusifs, environnements d’apprentissage dangereux pour les élèves LGBTQI+ et climat de peur qui décourage les éducateurs de mettre en œuvre des approches progressistes.

Alors que la communauté internationale se projette au-delà de 2030, l’avenir de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie nécessite à la fois la consolidation des acquis passés et de nouvelles orientations audacieuses. Les principales priorités sont les suivantes :

  1. Intégrer les cadres mondiaux dans les plans et budgets nationaux : les engagements pris au titre des ODD 4 et 5 doivent se traduire par des plans sectoriels assortis d’une budgétisation sensible au genre et de mécanismes de responsabilité solides. Sans soutien financier, les engagements restent symboliques.
  2. Garantir une éducation sexuelle complète (ESC) : l’ESC est un outil éprouvé pour lutter contre les stéréotypes, prévenir la violence sexiste et promouvoir la santé et le bien-être. Il est fondamental pour une éducation transformatrice en matière de genre de garantir son accès universel.
  3. Aborder la question de la masculinité et prévenir la violence : les écoles doivent devenir des espaces où l’on remet en question les normes de genre néfastes, de la petite enfance à l’éducation des adultes. Il est essentiel de mettre en place des programmes qui engagent les garçons et les hommes dans des masculinités non hégémoniques, ainsi que des protocoles solides pour lutter contre la violence.
  4. Garantir des politiques d’inclusion : des mesures telles que la gestion gratuite de la santé menstruelle, les transports sûrs, les bourses d’études et les programmes de réinsertion pour les mères adolescentes ont déjà donné des résultats en Afrique et devraient être étendues à l’échelle mondiale.
  5. Protéger la liberté académique et les programmes d’études inclusifs : des garanties sont nécessaires pour défendre l’autonomie des institutions académiques, préserver la légitimité des études sur le genre et résister à la censure des programmes d’études qui favorisent l’égalité et la diversité.

Parallèlement à ces priorités, un financement durable est essentiel. Les budgets nationaux de l’éducation et l’aide des donateurs doivent protéger et développer les ressources destinées aux approches transformatrices en matière de genre, notamment en mettant l’accent sur les soins, en résistant à l’austérité et aux coupes budgétaires régressives. Les injustices structurelles telles que la fiscalité régressive, le surendettement et l’imposition de mesures d’austérité continuent de restreindre la marge de manœuvre budgétaire des pays en développement et d’aggraver les inégalités, ce qui compromet directement le potentiel des systèmes éducatifs à promouvoir l’égalité des genres.

Enfin, les partenariats avec les mouvements féministes et les coalitions plus larges de défense des droits humains seront essentiels pour maintenir l’élan, amplifier la résistance aux réactions anti-genre et réimaginer l’éducation comme un lieu de justice, de soins et de renouveau démocratique.

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