Les fondements de l’avenir : autonomiser la société civile dans la transformation de l’éducation

Faites passer le mot

Par Refat Sabbah, président de la Campagne mondiale pour l’éducation (CME)

Alors que nous nous réunissons à l’occasion d’événements tels que le Sommet mondial sur le développement social II (SMDSII) et les discussions parallèles organisées par le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), une question se pose : quel rôle la société civile peut-elle jouer pour garantir l’équité et atteindre les plus marginalisés dans notre programme mondial de transformation de l’éducation ? Dans mes récentes interventions lors d’un événement parallèle du GPE, j’ai approfondi cette question, en partageant des exemples concrets de l’impact de la société civile et en soulignant le besoin crucial d’un financement complet de l’éducation. Aujourd’hui, je souhaite développer ce sujet dans ce blog, en transformant ces idées en une conversation plus large sur la manière dont nous pouvons construire des systèmes éducatifs inclusifs qui ne laissent vraiment personne de côté.

Pour que l’éducation tienne sa promesse de transformation, elle doit être ancrée dans les droits humains, l’égalité des sexes et la justice. Il ne s’agit pas seulement de rhétorique, mais du fondement même d’un système éducatif qui crée des opportunités pour tous. Il ne s’agit pas simplement de préparer les apprenants à s’adapter au monde tel qu’il est ; nous devons doter chaque individu des compétences et de l’état d’esprit nécessaires pour le remodeler en mieux. C’est cette vision que nous devons aux générations actuelles et futures.

La société civile est le moteur qui permet de concrétiser cette vision. Des coalitions régionales et nationales pour l’éducation aux syndicats d’enseignants, en passant par les mouvements de jeunesse, les organisations communautaires et les groupes dirigés par des femmes, ces entités sont au cœur des progrès en matière d’éducation depuis des décennies. Leur implication n’est pas facultative, elle est essentielle pour asseoir la légitimité, garantir la responsabilité et susciter un changement durable.

Au cours des 25 dernières années, j’ai vu et soutenu des membres d’organisations de la société civile (OSC) s’engager, se mobiliser et relever des défis dans certains des contextes les plus difficiles. Ils ont défendu sans relâche le droit à l’éducation, proposant des solutions fondées sur des données factuelles et ancrées dans les réalités communautaires. Voici quelques exemples inspirants qui illustrent comment la société civile met en place des systèmes éducatifs inclusifs :

Brésil : nos membres ont plaidé avec succès en faveur d’une loi qui établit une norme de coût par élève, garantissant un financement équitable pour tous et réduisant les disparités dans l’allocation des ressources.

Tanzanie : grâce à un plaidoyer persistant, les OSC ont contribué à la mise en place du Plan national de réintégration, qui garantit le droit des filles à retourner à l’école après une grossesse – une étape cruciale vers l’égalité des sexes dans l’éducation.

Yémen : Même en pleine crise, la société civile a façonné le Plan national pour le secteur de l’éducation, démontrant ainsi la résilience et le pouvoir des voix locales dans les situations de crise.

Mongolie : Le militantisme a conduit à la première politique globale d’éducation bilingue du pays pour les minorités ethniques, favorisant l’inclusion et la préservation culturelle.

Mozambique : les efforts de la société civile ont permis d’éliminer les frais de scolarité cachés, rendant l’éducation plus accessible aux familles à faibles revenus et aux communautés marginalisées.

N’oublions pas non plus la crise actuelle en Palestine, où la société civile a montré que l’éducation est plus qu’un service, c’est un droit humain fondamental et un outil de libération et de justice. Ces exemples prouvent que lorsque les communautés prennent les devants, les systèmes éducatifs se transforment.

L’impératif du financement : combler le fossé pour un avenir juste

Mais le plaidoyer seul ne suffit pas. Pour pérenniser ces changements, l’éducation doit être entièrement financée par des fonds publics. Les disparités sont frappantes. Les pays à faible revenu dépensent en moyenne seulement 55 dollars US par élève et par an, tandis que les pays à revenu élevé investissent plus de 8 500 dollars US. Ce n’est pas un fossé inévitable, c’est un choix politique.

Nous devons agir de toute urgence sur plusieurs fronts :

  • Les pays à revenu élevé doivent revenir sur les récentes réductions de l’aide.
  • Les gouvernements devraient mettre en place une fiscalité progressive afin de générer des recettes équitables.
  • Les efforts visant à endiguer les flux financiers illicites et à promouvoir des réformes financières mondiales sont essentiels pour élargir l’espace budgétaire.
  • Des initiatives telles que les négociations en cours pour une convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale et une « taxe sur les milliardaires » coordonnée pourraient débloquer des ressources sans précédent pour l’éducation.

À l’approche de l’échéance de l’Agenda 2030 et au-delà, je plaide en faveur d’un programme éducatif fondé sur les droits humains, transformateur en matière d’égalité des sexes, intergénérationnel, adapté au changement climatique et financé par des fonds publics, avec l’équité et l’inclusion au cœur de ses préoccupations.